Un pays face à bien des dangers

LES TREMBLEMENTS DE TERRE

Une histoire sans commencement ni fin

Les premiers récits qui suivirent l’arrivée de Christophe Colomb en 1492
évoquent déjà des destructions causées par les cyclones et les
tremblements de terre. Il serait vain d’énumérer les nombreux désastres
qui ont endeuillé l’île au cours de son histoire écrite. Indissociables
de son destin, ils ont rythmé toute son évolution.
Fondée en 1749, Port au Prince, devenue métropole de la nouvelle colonie
française de Saint Domingue, est détruite par un tremblement de terre
dès 1751. Louis XV l’avait proclamée capitale et à la suite des
destructions, il ordonna que toutes les constructions fussent réalisées
en bois. Mais ceci n’est que l’une des catastrophes qui la dévastèrent
et affectèrent son économie jusqu’à la fin du XVIIIe siècle.

Puis, Haïti a connu une accalmie relative jusqu’en 1842, date à laquelle
un séisme suivi d’un raz de marée détruisit Cap Haïtien et plusieurs
villes de la région du Nord, dont Port de Paix et Gonaïves. Plusieurs
villes de la République Dominicaine furent également touchées.

Plus calme si l’on peut dire, le XXe siècle n’échappa pas pour autant à
plusieurs secousses. Mais celles-ci sont presque effacées de la mémoire
des Haïtiens par la catastrophe qui frappa Port au Prince le 12 janvier
2010. D’une magnitude de 7,3 sur l’échelle de Richter, cette tragédie
semble persister aux yeux du monde comme le symbole d’Haïti. Chacun
d’entre nous s’en souvient.

Les causes géologiques

Haïti est traversée par plusieurs failles actives créées par la
subduction de la plaque Nord-Américaine sous la plaque Caraïbe. Cela se
traduit à cet endroit par la faille d’Hispaniola et dans l’île par de
nombreuses autres failles également actives. Les spécialistes soulignent
qu’elles pourraient à nouveau provoquer un séisme dans les cinq ou dix
prochaines années. Ils ont identifié dix événements qui auraient atteint
ou dépassé la magnitude 7 depuis le XVe siècle, soit en moyenne un tous
les 50 ans. Aucune région de l’île n’est à l’abri.

Les principaux séismes qui frappèrent Haïti


Les positions probables des principaux séismes historiques sont
indiquées par une étoile rouge. Le chiffre identifie la date du séisme.
Le point jaune est l’emplacement de Port-au-Prince. Les flèches noires
sont les vecteurs vitesses GPS par rapport à la plaque Caraïbes. Les
cercles avec un point noir au centre marquent les points où les vitesses
sont petites par rapport aux erreurs de mesure. Ces points situés sur la
partie sud de Saint Domingue appartiennent donc à la plaque Caraïbes.
PR, Porto Rico ; RD, République Dominicaine ; H, Haïti.
La Lettre du Collège de France n° 28, Paris avril 2010. La catastrophe
sismique d’Haïti par X. Le Pichon, C. Rangon, T. Zitter et A. Crespy ;
Données d’après Eric Calais /© Collège de France

La récente tragédie de Port au Prince est due principalement à trois
causes : la proximité de l’île par rapport à la zone de subduction, la
force du séisme (magnitude supérieure à 7) qui a eu lieu à une faible
profondeur (13km), enfin le fait que ce tremblement de terre se soit
produit pratiquement sous la capitale donc dans une région très peuplée.
Ajoutons que, contrairement aux éruptions volcaniques qui donnent à
court terme des signes avant-coureurs, les séismes sont d’autant plus
dangereux que, même si l’on connaît les régions à risques, le moment où
ils vont se déclencher reste imprévisible.

CYCLONES ET OURAGANS

Des phénomènes omniprésents

A l’instar des séismes, ils ont fait l’objet de témoignages depuis
l’arrivée des Espagnols. Plus ou moins violents, ils sont un facteur de
destruction régulier dans la vie des habitants d’Haïti.

Tout le pays est concerné, et nous ne mentionnerons ici que les exemples
les plus marquants, c’est à dire les plus destructeurs et les plus
meurtriers. Citons les 2000 morts dans le département du Sud en 1935,
les 5000 morts de l’ouragan Flora en 1963.

En Haïti, le vingtième siècle fut aussi marqué en 1935 par un ouragan,
toujours dans le département du Sud qui tua 2000 personnes, en 1954 par
l’ouragan Hazel, en 1963 par le passage de Flora, qui fit près de 5000
victimes, par Inez les 28 et 29 septembre 1966 un cyclone de catégorie 4
qui provoqua de catastrophiques inondations qui emportèrent 1379
personnes, la majorité d’entre elles en Haïti, les désastres de 2004 qui
touchèrent de nombreuses régions de l’île. Impossible de les citer tous !

Une des années les plus terribles fut 2008. En effet, quatre cyclones et
tempêtes tropicales frappèrent le pays, causant plusieurs milliers de
victimes, notamment aux Gonaïves que sa localisation et sa topographie
rendent particulièrement vulnérable. L’économie de différentes communes
est paralysée pendant des mois. De nombreuses infrastructures sont
détruites. On a estimé que, cette année-là, près de 800 000 personnes
ont été affectées directement par les ouragans.

Plus proche de nous, l’ouragan Matthew qui tua 1000 personnes est encore
dans toutes les mémoires. Exemplaire par sa brutalité et les
conséquences qu’il engendra, il fera l’objet – nous l’avons dit – d’un
prochain article de réflexion dans NIH.

Météorologie des cyclones et des ouragans

C’est sa position géographique qui soumet Haïti à une forte activité
cyclonique. L’île se trouve sur la trajectoire des cyclones qui se
forment en début de saison au sud-ouest de la mer des Antilles, et de
ceux qui d’août à octobre traversent les Caraïbes à partir des
perturbations qui prennent naissance près du Cap Vert. Entre 1494 et
2010, on a compté 95 perturbations tropicales. À sept reprises au moins
durant les cinq derniers siècles, le pays eut à affronter plusieurs
tempêtes au cours de la même saison.
De plus, le réchauffement climatique aggrave la situation : lors des
cinq dernières années, l’activité cyclonique s’est intensifiée et a
connu un prolongement dans le temps. Avec vingt-trois cyclones, dont
certains atteignant des vitesses de vent supérieures à 260 km/h, 2005
reste l’année de tous les records.

La République dominicaine ne fut pas épargnée. En 1930, un cyclone d’une
extrême violence dévasta la ville de Saint Domingue. 2000 personnes
périrent et, corollaire malheureuse, Trujillo exploita le désastre pour
asseoir sa dictature.

HAÏTI PLUS VULNÉRABLE FACE AUX DESASTRES ?

Nous avons tenté, par cette approche rapide, de montrer le rôle de la
nature dans les phénomènes qui endeuillent Haïti. Ils sont inéluctables.
Cependant, d’autres pays, aussi affectés par ces dramatiques phénomènes
naturels, s’en sortent mieux. Pourquoi ?

Face aux aléas de la vie, qu’il s’agisse de maladies, de problèmes
alimentaires, de conflits politiques, a fortiori de catastrophes
naturelles, la pauvreté est le premier facteur de vulnérabilité. Or,
Haïti est le pays le plus pauvre de l’hémisphère nord. Ses habitants
coupent les arbres faute d’autre moyen de chauffage, fuient la misère
des campagnes pour s’installer en périphérie des villes dans l’anarchie
des bidonvilles. Ils n’ont pas les moyens de se prémunir des dangers à
venir, d’autant que l’Etat ne leur est d’aucune aide. A cet égard, Le
Journal d’Action contre la Faim a souligné que « les cyclones de 2008
ont frappé diverses zones du golfe du Mexique sans avoir les mêmes
conséquences. En effet, malgré les moyens économiques faibles, la
population cubaine ne se sent jamais abandonnée par l’État. Celui-ci met
en place des modalités de gestion pour minimiser les désastres et être
efficient pour la période « post-catastrophe ». Des efforts y ont été
faits pour renforcer le réseau de stations sismiques, mettre en œuvre un
programme de formation et de sensibilisation des populations, former des
sauveteurs alors que les autorités haïtiennes agissent peu et rendent le
pays dépendant de l’aide étrangère.

Comme nous l’avons déploré au début de cet article, la situation d’Haïti
est inacceptable. Il ne peut être question de renoncer à notre soutien
matériel mais nous devons prendre conscience qu’il intervient souvent
trop tard et ne permet pas de sortir du cercle vicieux – catastrophe -
pauvreté – aide étrangère.

POUR ALLER PLUS LOIN

Il y a plusieurs année (2008), l’ONU a développé un jeu interactif de
simulation sur les catastrophes naturelles (Ouragan, tsunami,
tremblement de terre, feu de forêt…). Suivant le scénario choisi et le
niveau de difficulté, il y a des gens à sauver, un budget à na pas
dépasser, construire des refuges, etc.

Pour le trouver : Cliquez ici