Reconstruction : Opérations de démolition dans un contexte de pillages et d’absence de communication à Port-au-Prince

Le processus de démolition des maisons – dans les rues du Champ-de-Mars, de la Réunion, Saint-Honoré, et de l’Enterrement (centre de la capitale) – a débuté au cours de la journée du samedi 31 mai 2014.
Certains locataires courent se réfugier dans les ruines de maisons effondrées dans le séisme du 12 janvier 2010.
Dans un nuage de poussière, une démolisseuse du ministère des travaux publics, transports et communications (MTPTC) rase les maisons, sous l’œil d’agents de force de l’ordre qui poursuivent les ramasseurs cherchant à piller les maisons non encore détruites.
Les résidentes et résidents n’ont pas été avertis de la date des opérations. Pris à l’improviste, ils parlent d’un tremblement de terre.
La foule est immense. Composée de curieux, de propriétaires ou de simples locataires fraîchement délogés et surtout, en grande majorité, de grappilleurs de tôles, de bois, de fer, voire d’ustensiles, elle fait penser à une entreprise qui ouvre à peine ses portes pour l’embauche.
Les pillards, qui profitent de la situation, sont très virulents et menacent verbalement les journalistes qui s’avisent de les prendre en photos.
Un locataire, qui résistait aux manœuvres d’un pillard armé, a été blessé au visage par une pierre.

Aussitôt qu’une maison est détruite, une vague de ces jeunes hommes déferle, marteaux et pinces en mains, car tout peut servir, même des bouteilles.
Piquant est un habitant de la zone. Il vient de perdre une petite entreprise qui lui permettait de payer son loyer annuel de 50 000 gourdes. « Martelly est un président sans foi ni loi.  Vous me laissez avec quoi (…) ? Avec quoi, vais-je payer l’écolage des enfants ? », demande-t-il aux autorités.
Dodo est père de deux enfants. Pour lui, le gouvernement devait attendre la fin de l’année académique. Il craint que ses filles ne finissent pas bien l’année scolaire 2013-2014.
Pour Jacky, qui est allé se réfugier chez une sœur habitant en Plaine du Cul-de-sac, cet évènement lui rappelle le tremblement de terre du 12 janvier 2010, tant par l’image de la destruction que par la surprise provoquée par le déroulement des opérations de démolition.
Propriétaire, héritier de sa mère, Anderson reconnaît avoir rencontré les autorités, au bureau d’un notaire de la capitale. Il est surpris de voir qu’il n’a pas été averti des opérations de démolition des maisons.
D’autres propriétaires soutiennent n’avoir reçu aucun dédommagement des autorités.
Le processus régulier d’indemnisation serait achevé, sauf pour celles et ceux qui pourraient présenter des papiers corrects, dont des titres de propriétés, selon une source auprès du bureau du Premier Ministre. 

 

UNE SEMAINE EN HAÏTI, L’hebdomadaire du Collectif Haïti de France

Une rédaction d’Alterpresse … avec le soutien de la Fokal

N°1143 – 6 Juin 2014