L’ouragan Sandy laisse un lourd passif

54 morts, 20 disparus, 20 blessés, plus de 18 000 familles sinistrées, dont 4164 dans le Sud (le département le plus affecté), une quantité importante de têtes de bétail emportées, des champs dévastés, de nombreuses maisons endommagées et effondrées, diverses infrastructures détruites : le cyclone Sandy – qui n’a pas touché les côtes haïtiennes, mais a engendré de fortes pluies entre le 23 et le 26 octobre – laisse un lourd passif en Haïti, environ 2 mois après le passage de la tempête Isaac (vendredi 24 août 2012) dont le pays ne s’est pas encore remis.

Pour compenser les pertes agricoles enregistrées, le ministère de l’agriculture annonce des initiatives de recapitalisation, comme la mise à disposition des semences au profit des agriculteurs, la subvention des travaux de labourage et de curage des systèmes d’irrigation.

Jusqu’au 30 octobre 2012, environ 66 – sur les 158 centres d’hébergement (parmi lesquels plusieurs établissements scolaires) répartis à travers le pays – contenaient des personnes sur les 21 000 qui y avaient trouvé refuge.

Après les dernières averses du 27 octobre, les directions départementales de la protection civile poursuivaient les évaluations. Plusieurs cours d’eau et rivières étaient encore en crue en début de semaine.

Le 28 octobre, beaucoup de villes étaient toujours inaccessibles à cause de tronçons de route coupés et des ponts effondrés ou endommagés.

Appelant à l’aide de la communauté internationale pour faire face aux dégâts causés par le passage de l’ouragan Sandy, le premier ministre haïtien Laurent Lamothe s’est réjoui de la réponse immédiate du gouvernement vénézuélien qui a dépêché un navire transportant des kits alimentaires ainsi que des matériels et outils de construction.

Encore une fois, la république d’Haïti se retrouve confrontée à une situation d’extrême urgence, assimilée (par le gouvernement) à une nouvelle crise pour la nation et estimée à plusieurs dizaines de millions de dollars américains.

La vulnérabilité environnementale et les faiblesses de prévention institutionnelle reviennent de nouveau à l’ordre du jour, chaque fois qu’il y a précipitations en n’importe quel coin du pays.
Il y a également une crainte d’une éventuelle remontée de l’épidémie de choléra dans diverses municipalités.

Le gouvernement a débloqué 350 millions de gourdes pour des interventions dans les zones affectées par l’ouragan, fourni des milliers de plats chauds, tandis que le président Michel Martelly a procédé, samedi et dimanche, à des distributions de kits alimentaires (ration sèche) dans certains quartiers pauvres de la capitale. 

 

8 morts sur 78 cas de choléra recensés à Maniche (Sud) après le cyclone Sandy

 

« Du 24 au 29 octobre 2012, le dispensaire a reçu 78 personnes atteintes du choléra. 8 ont déjà trouvé la mort », confie Madeleine Chéry, l’infirmière en charge du dispensaire communautaire de Dori,section communale de Maniche (à environ 200 km au sud de la capitale Port-au-Prince). La crue de la rivière de Cavaillon, avec les pluies provoquées par le passage du cyclone Sandy, aurait encouragé la propagation du vibrio cholerae dans cette section communale de Dori.

« Jusqu’au 27 octobre 2012, le dispensaire n’avait qu’une infirmière pour toute la population de Dori. Nous sommes livrés à nous-mêmes et au choléra », déplore Ramón Gasma, coordonnateur de Tèt Kole Ti peyizan ayisyen (Union des petits paysans haïtiens à Maniche).

Face à l’augmentation des cas de contamination au choléra, les autorités sanitaires du Sud ont dépêché entre « samedi 27 et dimanche 28 octobre 5 nouvelles infirmières pour accompagner la responsable du dispensaire ». Cette disposition administrative ne semble pas rassurer un des agents exécutifs intérimaires de Maniche, Pierre Evens Alexis, faisant part de sa « consternation » face à « la situation lamentable à Maniche.

«Dori se trouve coupée du reste de la commune à cause de la crue de la rivière de Cavaillon et de la furie de la Ravine Blanche traversant la section communale  en longueur ». Comptant une population d’environ 15 000 habitants, Dori se trouve à 8 km du centre-ville de Maniche. Le seul dispensaire dont dispose la section communale n’a même pas de médecin.

« Le dispensaire n’est pas l’endroit le plus approprié pour recevoir les victimes du choléra. Car, il est proche d’une église et d’écoles. Notre premier souhait est que centre de traitement du choléra (CTC) soit installé pour les paysannes et paysans, et qu’un médecin soit nommé au dispensaire » espère Alexis.

Entre-temps, plusieurs habitants de cette section communale ont fait montre d’un « héroïsme participatif » en se jetant dans l’eau en crue de la rivière de Cavaillon pour récupérer, sur l’autre rive, les médicaments, solutés et divers matériels envoyés par le ministère de la santé publique et de la population (MSPP). Le véhicule du MSPP, qui transportait les médicaments et matériels, ne pouvait pas traverser la rivière en crue pour acheminer les secours à Maniche, selon les témoignages. 

Source : L’hebdomadaire du Collectif Haïti de France « Une semaine en haïti », N°1070 du 7 novembre 2012

Une rédaction d’Alterpresse – avec le soutien de la Fokal