Haïti : Sécheresse, inondations, un ballet macabre et interminable

Thématique à mettre au centre des prochains débats électoraux et à l’agenda dela mobilisation citoyenne,

 Alors qu’Haïti vient de connaître une longue période de sécheresse avec d’importantes conséquences sur la disponibilité alimentaire, la « saison des pluies », à peine débutée fin mars, égrène son chapelet de morts et dégâts matériels dus à des inondations. 

Très tristes les dernières informations communiquées par la Direction de la protection civile (Dpc) : six personnes tuées et plus de 8 mille familles sinistrées dans la zone métropolitaine de Port-au-Prince à l’issue de 4 soirs de pluie. En tout 8 377 habitations ont été envahies par les eaux dans plusieurs communes de la zone métropolitaine. 

On craint que les jours à venir ne réservent des bilans plus catastrophiques. 

Vulnérabilité, irresponsabilité, incapacité 

La vulnérabilité semble s’accroitre au fil des années à la campagne et dans les villes. Contrairement à d’autres pays de la Caraïbe, notamment les voisins dominicains, qui parviennent à récupérer une partie de leur couverture végétale, la destruction se poursuit sans relâche, y compris dans ce qui reste de forêt (moins de 2%). 

D’autre part, le volume de déchets non gérés augmente à vue d’œil, en grande partie dans les villes, en particulier à la capitale. 6 mille m3 de déchets sont ramassés par jour et 1,200 m3 vont dans les ravins, sont brûlés ou font l’objet d’une gestion directe, pas toujours efficace, suivant des informations citées par l’Association des Agro-professionnels haïtiens (Andah). 

Chacun souhaite ne pas être surpris par la pluie dans les rues de la capitale, qui se transforment rapidement en torrent de boue et de fatras. 

 

Il suffit de jeter un coup d’œil dans divers quartiers de toutes les banlieues et au centre de Port-au-Prince pour se rendre compte de la fragilité de notre situation environnementale, doublée d’une incapacité à trouver des formules viables pour faire face au danger. 

Déchets en plastique, tissus, verre et métal envahissent la chaussée, mélangés aux déchets organiques et aux alluvions qui s’accumulent au bord des routes. 

Tout le long de la route nationale numéro 2 à hauteur de Carrefour (périphérie sud), on constate des tonnes de boue provenant des montagnes environnantes qui perdent au fur et à mesure toute capacité de maintenir une certaine couverture végétale. 

Des riverains indiquent à AlterPresse que plusieurs arbres ont été déracinés dans toute la zone de Diquini (commune de Carrefour). A Delmas (périphérie nord), des infrastructures routières nouvellement construites sont mises à rude épreuve, comme à Pétionville. Partout, le même constat. 

Une simple observation montre que des canaux n’ont pas été curés depuis longtemps. On y voit même des herbes sauvages pousser. A certains endroits, notamment à Tabarre (périphérie nord) et Pernier (commune de Pétionville), les gravats de la précédente saison de pluie rencontrent ceux de l’actuelle période pluvieuse. 

La situation présente met à nu la mauvaise gestion de l’environnement de la part des autorités en place ainsi que l’irresponsabilité des citoyens qui continuent, malgré la présence quotidienne du danger, à avoir des comportements inappropriés. 

Alors que la surpopulation des quartiers influe directement sur le volume de déchets à gérer, de nombreux habitants jettent les ordures un peu partout. D’importantes agglomérations demeurent non couvertes par les services de collection ou ramassage des déchets. 

En plus des politiques à mettre en œuvre par le gouvernement, on est porté à se demander si les médias à vocation publique comme Radio Nationale et Télévision Nationale ne devraient pas mieux utiliser leur temps d’antenne en prenant le leadership d’un urgent travail d’éducation médiatique sur l’environnement et l’urbanisme. 

  

Conjugaison de sécheresse et pluie, thématique à mettre au centre des prochains débats électoraux 

Les pluies du printemps arrivent après une longue période de sécheresse accrue depuis l’été 2014, affectant sensiblement la production agricole, alors que la pression des produits importés est constante sur le marché. 

La sécheresse prolongée a causé des pertes au niveau de quelques cultures annuelles, comme les bananes ainsi que les mangues qui ont connu un murissement précoce dans plusieurs départements du pays. Les cultures, comme les racines et les tubercules, ont accusé un faible niveau de production, rapportait AlterPresse à la mi-mars. 

Comment construire durablement un pays dans ce va-et-vient infernal entre sécheresse et inondations. Comment développer une conscience de cette tenaille dans laquelle est prise la société haïtienne, si le thème ne constitue que le cadet des soucis des équipes successives au pouvoir. 

Voici bien un problème réel : la fragilité de l’environnement, avec un cortège de risques et désastres, qui devrait être placé au centre des débats électoraux et être en permanence à l’agenda de la mobilisation citoyenne. 

  

Par Gotson Pierre, P-au-P., 6 avril 2015 [AlterPresse]