Haïti aujourd’hui… (mars 2012)

« Les choses évoluent timidement, la volonté de s’en sortir est bien présente, les Haïtiens veulent prendre leur destin en main, ils souhaitent une transmission du savoir pour mieux s’organiser, les projets sont nombreux et nécessitent des financements importants», cependant l’aide financière internationale promise semble invisible sur le terrain.

La solidarité des migrants haïtiens, organisés pour beaucoup en association, n’a jamais été aussi forte, les compatriotes en Haïti font face chaque jour à une précarité grandissante. Les associations continuent d’œuvrer en Haïti pour apporter leur modeste contribution au mieux vivre des millions d’Haïtiens.

Près de 10 000 familles ont bénéficié des abris provisoires fournis par l’OIM (organisation internationale pour la migration). Ces abris conçus pour résister à la pluie et aux ouragans ont une durée de 3 ans et peut être plus.  Toutefois, L’OIM admet que tous les abris ne fournissent pas une solution permanente dans le cadre de la stratégie globale de retour, poursuivie par la communauté humanitaire,500 000 personnes vivent encore sous les tentes et font face aux menaces d’expulsion (source Alterpresse).

Mackendie Toupuissant, français d’origine haïtienne (président de la Plateforme d’associations franco-haïtienne, PAPHA) de retour d’Haïti, nous dresse le bilan de la situation (extrait d’un entretien avec France 24)

Une partie de l’aide a été distribuée mais il est difficile de la chiffrer. Sur les 10 milliards de dollars promis par les Américains environ 5 milliards semblent avoir été distribués. Idem pour la France qui dit avoir décaissé près des trois quarts de son aide bilatérale.

La situation commence timidement à évoluer, mais aucun signe annonciateur de construction de bâtiments publics ou de logements sociaux. Si les axes principaux ont été dégagés de leurs gravats, de nombreux quartiers reculés sont encore inaccessibles en voiture. Des zones du pays n’ont toujours pas l’électricité et le camp de la place du Champs de Mars devant le Palais national est toujours là. Les logements de fortune, faits de tentes, de tôles et de matériel de récupération, n’ont pas bougé. Hormis l’hôpital, aucun bâtiment public n’a encore été construit.

Quant à la totalité de l’aide financière internationale promise, le gouvernement haïtien n’a pas la capacité d’absorption de tout cet argent. De plus, l’entreprenariat haïtien n’est pas en mesure de reconstruire le pays. Ces fonds ne sont visiblement pas en Haïti. Les projets sont longs à monter et deux ans, cela reste court pour reconstruire le pays.

Haïti fait face à des problèmes structurels endémiques. L’urbanisme, par exemple, pose des difficultés parce qu’il n’existe pas de cadastre. Les constructions antisismiques, nécessitent de longues et coûteuses études. L’État doit aussi prendre des décisions de préemption et il est assez long et compliqué de les faire avancer.

En outre, les différentes séquences électorales n’ont pas favorisé l’avancement des décisions. Le Sénat n’est pas complet, les élections municipales ont été reportées. Tant que le processus démocratique n’a pas abouti, il est difficile de faire avancer rapidement les projets.

Au niveau politique, différentes mesures pour l’emploi ont été prises. Le président Michel Martelly souhaite faire venir l’emploi et les investisseurs sur son territoire pour que les Haïtiens aient du travail et du pouvoir d’achat. Le code de la propriété a été modifié pour autoriser les investisseurs étrangers à acheter en Haïti. Avant cette modification, l’implantation d’industries étrangères était impossible, il y a un vrai potentiel sur le plan économique, de plus, le tourisme peut être développé et participer au développement économique du pays.

Sur le plan économique, même si les avis divergent sur l’action politique à mener, la volonté de s’en sortir et l’optimisme du peuple et de ses dirigeants sont unanimes. Cela peut prendre 10 ou 20 ans, mais tout le monde est confiant, les Haïtiens et toute la diaspora haïtienne croient fort en la reconstruction.